
Editorial


COP27: les recettes sont pourtant déjà connues
Y’en a (toujours) point comme nous, l'éditorial de Fabio Bonavita
C’est vrai, nos sociétés ont tendance à s’hystériser. Il suffit de jeter un œil chez nos voisins de l’Hexagone pour s’en convaincre, pas un jour sans sa polémique nationale. Qu’il s’agisse de faits divers, d’immigration ou de réforme économique, l’heure est au manichéisme médiatique. Le camp du bien d’un côté, celui du mal de l’autre, au milieu des journalistes qui feignent d’arbitrer ce qui s’apparente davantage à un pugilat de cour de récréation qu’à un débat démocratique.
Plus près de chez nous, c’est la mobilité qui met le feu au landerneau politique genevois depuis plusieurs semaines. Avec une conseillère d’Etat en charge de l’économie, Fabienne Fischer, qui s’embourbe dans le dossier Uber à grands coups de rétropédalages et autres tergiversations. Son collègue Serge Dal Busco, en charge des infrastructures, ne fait pas mieux en matière d’apaisement. Il vient de prendre la décision d’instaurer le 30 km/h au centre-ville de Genève, de jour comme de nuit, sur le réseau de quartier, mais aussi sur les axes structurants. Une décision qui a fait bondir le TCS, mais aussi le PLR et l’UDC. Augurant d’interminables procédures judiciaires.
Dans ce contexte explosif, Lausanne et le Canton de Vaud font toujours figure d’exception. On y dénombre quand même quelques coups de gueule, comme celui de la nouvelle présidente du PLR Lausanne (lire en page 5), mais on reste dans la mesure, sans volonté de heurter ou de renverser la table. Sur les bancs du Grand Conseil ou du Conseil communal, le consensus y est toujours roi. La fameuse chanson de Gilles «Y’en a point comme nous» reste donc encore d’actualité, pourvu que cela dure…

Téhéran et Kaboul: où sont les néoféministes? L'éditorial de Fabio Bonavita
Une urgence annoncée, l'éditorial de Charaf Abdessemed
Connu pour son sérieux, son professionnalisme et son engagement, le Centre social protestant est depuis des décennies aux avant-postes de la lutte contre la précarité et la pauvreté. A ce titre, ses constats doivent être pris aux sérieux et entendus. La directrice de sa section vaudoise, lance ainsi dans nos colonnes un signal d’alerte (lire l’interview en page 3) dressant un constat inquiétant. Les premiers signes d’un appauvrissement massif d’une part importante de la population vaudoise sont là, un premier constat alarmant que les statistiques confirmeront sans aucun doute dans une année ou deux.
Les causes de cette pauvreté sont connues. Elles sont d’une part structurelles, liées à l’échec patent de la terrible théorie du ruissellement et d’autre part conjoncturelles: d’abord, les effets de la pandémie de Covid sur les plus précaires sont loin, bien loin d’être résorbés. Et puis bien sûr, il y a la flambée, hélas devenue coutumière, des primes d’assurance maladie, mais aussi l’inflation qui commence à prendre des proportions alarmantes, sans compter les prix de l’énergie qui explosent, sans que jusqu’à présent le Conseil fédéral n’ait jugé utile de proposer autre chose que des rustines de grand-mère.
La bonne nouvelle, c’est que les communes et le Canton, à l’instar des autres cantons suisses, bien plus proches de la population que ne peut l’être la Confédération, sont conscients de la gravité de la situation. La balle est désormais dans leur camp pour affiner les dispositifs de soutien actuels, et faire en sorte que les aides soient, en quantité et en qualité, à la mesure de l’urgence annoncée. Quant à savoir qui financera celles-ci...
L’audace politique doit remplacer la calculatrice, l'éditorial de Fabio Bonavita
C’est quand le navire traverse une tempête que l’on juge les compétences d’un capitaine. Et ce qui nous attend cet automne s’apparente davantage à un typhon qu’à une petite brise. Jugez plutôt: il y a d’abord eu les prix des carburants qui ont flambé, puis ceux de certains aliments (pâtes, céréales, café, pain...). Dès le 1er octobre prochain, ce seront les tarifs du gaz et du chauffage à distance qui augmenteront de 35 et 19% à Lausanne. Quant à ceux de l’électricité, ils grimperont de 35% à partir du 1er janvier 2023.
Pour couronner le tout, un autre coup de massue nous attend ces prochaines semaines avec une hausse des primes maladies qui devrait s’élever à près de 10%. Les ménages les plus précaires s’apprêtent donc à vivre des mois, certainement des années, très difficiles. Dans ce contexte, la Ville de Lausanne a un rôle central à jouer. Elle doit, plus que jamais, faire preuve d’audace politique en soulageant ceux qui n’arriveront tout simplement plus à boucler leur fin de mois. Non pas avec des mesurettes destinées à soulager la conscience de ceux qui gouvernent, mais avec des soutiens massifs permettant de contenir les dégâts de cette inflation.
Cela peut passer par l’allégement ou la suspension de certaines taxes, des aides ciblées ou encore des bons destinés aux plus démunis. Quitte, n’en déplaise à la droite, à creuser un peu plus sa dette. Certes, elle s’élève déjà à près de deux milliards, mais les intérêts de cette dernière ont diminué de 43% en l’espace de dix ans (lire en page 5). La Ville de Lausanne peut donc se permettre d’avoir une stratégie ambitieuse destinée à soutenir le pouvoir d’achat des Lausannois.
Comme un boomerang, l'éditorial de Charaf Abdessemed
La votation du 25 septembre sur la réforme de l’AVS est un bon exemple des effets contreproductifs que peuvent produire les outrances dans un débat de société. Le 25 septembre, les Suisses devront se prononcer sur une réforme en profondeur du premier pilier de notre système de retraite, avec à la clé une augmentation de l’âge de la retraite pour les femmes (lire notre débat en page 3). Un sujet très clivant et dont l’issue est loin d’être certaine, comme l’objectivent les fluctuations quasi quotidiennes des sondages à ce propos.
Sauf que sous les coups de boutoir d’un féminisme évidemment légitime sur le fond, mais ô combien agressif et excessif sur la forme, cette votation s’apparente de plus en plus à une confrontation hommes-femmes. Avec une dialectique masculine un rien jubilatoire et au goût de revanche, pour justifier un «oui» le 25 septembre: «elles veulent l’égalité, eh bien elles vont l’avoir!». Piégées, les femmes voient donc l’argumentaire de l’égalité se retourner contre elles, obligées qu’elles sont désormais d’en invoquer (enfin!) les nuances, forcément complexes, et d’expliquer que l’égalité ne se résout pas à un âge de retraite égal pour les deux sexes.
La nuance, voilà donc ce qui a si souvent manqué à un féminisme trop enclin à systématiquement considérer les hommes - et Dieu sait si nombre d’entre eux sont favorables à leur combat -, non pas comme des partenaires, mais forcément comme des machistes à leur insu, insuffisamment «déconstruits» et tutti quanti. Les femmes pourraient bien en payer le prix ce 25 septembre, et ce serait bien dommage pour une certaine idée de... l’égalité.
Une clarification, vite! L'éditorial de Charaf Abdessemed
En matière de gestion de déchets, difficile de savoir ce qui est le plus efficace. Depuis plusieurs années, la Confédération a instauré le principe du pollueur-payeur dont le fondement est très simple: plus on pollue et produit des déchets, et plus on doit payer, avec pour objectif ultime, une augmentation du tri et une réduction de la quantité des déchets produits. Pour mettre en œuvre ce principe, Lausanne ne jure que par la taxe au sac - tout le monde connait ce fameux sac blanc surtaxé indispensable pour jeter sa poubelle -, et qui, selon elle, a «largement fait ses preuves». A l’autre bout du lac, Genève a choisi une démarche totalement différente en tablant d'abord sur la collaboration volontaire des personnes et en renonçant à cette taxe au sac. Son argument? Ses effets dans d'autres cantons «n'ont pas été probants sur la durée», une profession de foi qu’elle vient de réaffirmer tout à fait officiellement.
Qui croire donc? Vérité au-delà de la Versoix et mensonge en deçà? Et pour ajouter à la confusion, voilà qu’ une entreprise vaudoise spécialisée dans la gestion des déchets vient de publier une étude, fondée sur des données cantonales tout de même, et qui montre que mieux que la taxe au sac, c’est la taxe au poids qu’il faudrait instaurer, avec à la clé, une meilleure récupération des déchets, des économies pour les communes, y compris Lausanne, ainsi que pour les contribuables (lire en page 3).
La gestion des déchets est chose trop sérieuse pour laisser la place à l’approximation, et une clarification s’impose rapidement si l’on souhaite que les Lausannois continuent à adhérer à une démarche dont les retombées sont essentielles pour l’environnement.

Du béton, du béton, toujours trop de béton... L'éditorial de Fabio Bonavita
S’armer de patience, l'éditorial de Charaf Abdessemed
Alors oui c’est vrai: depuis 2019, la situation des assistantes à l’intégration - car il s’agit de femmes dans une écrasante majorité des cas -, s’est nettement améliorée. Le canton de Vaud a consenti un véritable effort en faveur de ces professionnelles qui, à l’école, viennent quotidiennement en aide à tous les enfants, et ils sont nombreux, qui ont des besoins spécifiques. Désormais, la profession a un statut, les assistantes sont au bénéfice d’un contrat de travail clair, avec un vrai cahier des charges, et même des possibilités de formation.
Sauf qu’il reste un problème de taille: en travaillant à temps partiel et souvent sur plusieurs sites du territoire cantonal, ces employées ne peuvent physiquement pas être disponibles pour chercher une autre activité professionnelle et donc in fine, améliorer leur revenu (lire notre article en page 3). En clair elles sont payées à temps partiel, pour ce qu’elles considèrent être en réalité un temps plein. Avec à la clé une précarité réelle, alors que véritables «pompiers» de l’instruction publique, elles sont indispensables au fonctionnement de l’école.
Cette situation n’est pas sans rappeler celle du «petit» personnel soignant dans les hôpitaux dont on encense perpétuellement l’abnégation et le dévouement, sans que la contrepartie financière ne soit réellement au rendez-vous. Car évidemment, rémunérer de manière plus généreuse ces «petites mains» dévouées a un coût, que le Canton ne peut ou ne veut assumer. Alors que les infirmières et infirmiers en sont encore à attendre l’application concrète de l’initiative sur les soins infirmiers, on se dit que les assistantes scolaires vont devoir s’armer de patience…