
Editorial
Education numérique: la fin des belles promesses. L'éditorial de Fabio Bonavita

Lundi prochain, le 22 août, les élèves vaudois seront de retour sur les bancs d’école. Cette rentrée revêtira une importance particulière. Pas tant en raison de la situation sanitaire, les fermetures liées au Covid semblant appartenir au passé, mais plutôt en ce qui concerne l’enjeu majeur de l’enseignement public: l’éducation numérique. Cette dernière consiste à former les élèves aux compétences clés de demain. Non pas en remplaçant le bloc-notes par des tablettes destinées à accomplir des tâches élémentaires, les enfants s’y adonnent souvent déjà à la maison, mais pour adapter la formation aux mutations profondes de nos sociétés.
Frédéric Borloz, chef du département de l'enseignement depuis le 1er juillet, l’avait annoncé durant sa course au Conseil d’Etat: «l’école ne peut passer à côté de l’enseignement numérique.» Répétant peu ou prou ce que martelait déjà sa prédécesseur, Cesla Amarelle. Aux manettes, le nouveau patron de l’école vaudoise aura-t-il la détermination nécessaire pour changer de cap? Le défi semble ardu tant la résistance est forte chez les enseignants. Ces derniers considèrent encore trop souvent qu’un enfant n’apprend pas mieux à travers une tablette, cette technologie leur serait même néfaste car elle augmenterait leur addiction aux écrans.
Là réside tout le décalage entre le public et le privé (lire en page 3). Alors que dans le premier, la technologie est vue comme un simple support, dans le second on forme les codeurs de demain en les initiant aux algorithmes. Au vu des moyens colossaux consacrés à l’école vaudoise, environ trois milliards en 2022, Frédéric Borloz a le devoir de tenir sa promesse de campagne. Quitte à se mettre à dos une partie du corps enseignant...
Traquer sans relâche les derniers récalcitrants, l'éditorial de Fabio Bonavita

Soyons sincères, tout le monde s’attendait cet été à ce que Vidy se transforme une nouvelle fois en porcherie à ciel ouvert. Il faut dire que les images choquantes de l’an dernier montrant des montagnes de déchets au parc Louis Bourget étaient encore bien ancrées dans les esprits. Eh bien, il faut l’avouer, nous avions tort. Au vu des nombreux constats effectués sur le terrain par notre photographe, la situation s’est globalement améliorée (lire notre article en page 5).
Tout n’est pas idyllique pour autant, les lundis matin à Vidy, on trouve toujours quelques mégots de cigarette, des sacs de charbon éventrés et des bouteilles vides, mais les vagues de détritus semblent appartenir au passé. En mettant le paquet en matière de sensibilisation, spécialement au bord du lac, la Ville est parvenue à endiguer un phénomène qui agace au plus haut point la population. Une stratégie tout en douceur qui semble donc avoir porté ses fruits. Preuve que la persuasion peut être aussi efficace que la répression.
Oui, mais il reste les derniers récalcitrants. Ceux à qui on a expliqué maintes et maintes fois qu’un déchet n’a rien à faire dans un buisson ou sur une pelouse. Les mêmes qui savent pertinemment où sont les bennes à ordure, mais qui, par flemme ou manque d’éducation, continuent de se comporter comme des porcs. Pour ceux-là, il ne faut faire preuve d’aucun ménagement. Et même s’ils ne représentent qu’une minorité des amateurs de baignade ou de barbecue, ils doivent être traqués sans relâche et amendés. Un jour peut-être, ils comprendront ce que signifie vraiment le fait de vivre en société.
Médecine esthétique: une nouvelle loi… et vite! L'éditorial de Fabio Bonavita

Retoucher une image avant de la publier sur les réseaux sociaux est devenu un acte aussi banal que d’aller faire ses courses au supermarché. En quelques clics, le ciel devient plus bleu, la mozzarella plus blanche et le lac plus lumineux. A l’heure des grands départs en vacances, l’embellissement de nos vies va une nouvelle fois connaître un coup d’accélérateur. Histoire de prouver à nos abonnés Instagram que l’on fait partie de ceux qui réussissent leurs vagabondages aux quatre coins du globe.
Derrière ce réflexe relativement anodin se cache une autre tendance bien plus inquiétante. Celle qui consiste à retoucher son corps pour correspondre aux idéaux en vigueur sur les réseaux sociaux. Le graal? Des lèvres russes et des fesses américaines, les deux au format XXL. Les starlettes de la téléréalité et les influenceuses ont largement contribué à démocratiser cette beauté supposément parfaite. La preuve, en quelques années, nous sommes passés de la chirurgie à la médecine esthétique, banalisant ainsi une pratique aux conséquences pouvant être dévastatrices (lire notre article en page 3).
A Lausanne aussi, les jeunes femmes qui se laissent tenter par une petite intervention «anodine» sont de plus en plus nombreuses. Ce business juteux, souvent pratiqué dans l’illégalité, doit être rapidement démantelé. Pour y parvenir, un seul chemin: une réadaptation rapide de la loi afin de mieux encadrer ces actes et accélérer les procédures pénales à l’encontre des esthéticiennes ou même parfois des coiffeuses (!) qui manient la seringue sans aucune vergogne.
Ecoutons Anne-Lise Noz, l'éditorial de Charaf Abdessemed
Il faut écouter ce que la nouvelle présidente de la Société coopérative des commerçants lausannois (SCCL) a à dire (lire notre interview en page 3). D’abord parce qu’il s’agit d’une commerçante qui, en trente ans, a su bâtir avec son mari et à force de travail, une petite entreprise florissante, une chocolaterie devenue au fil du temps une véritable institution très prisée des Lausannois. Ensuite parce que cette femme bienveillante et au ton posé n’a rien d’une jusqu’au-boutiste, ou d’une idéologue. Bien au contraire, ses propos illustrent une retenue, un sens de l’équilibre et un pragmatisme de plus en plus rares de nos jours. Les changements en termes de mobilité à Lausanne? Inévitables, dit-elle en substance, tant les effets du changement climatique sont patents. L’action de la Municipalité? Celle qui vient de prendre la présidence de la SCCL préfère attendre de juger sur pièces avant de se prononcer. Alors, à l’aune de cette modération de bon aloi, ses propos prennent un poids auquel il faut accorder une juste attention. Que demande-t-elle? Que les commerçants, au regard de leur expertise de terrain et de leur rôle social, soient considérés comme des partenaires avec lesquels il faut discuter avant de conduire des changements, des travaux, des aménagements dans la ville et non après. Une évidence? Peut-être pas tant que cela, à partir du moment où cette femme ouverte à la discussion éprouve le besoin de le rappeler. Pour Lausanne, son entrée en fonction représente une occasion unique d’engager un dialogue intelligent et constructif qu’il ne faut pas manquer.
Censure, j’écris ton nom. L'éditorial de Charaf Abdessemed
Alors que les autorités fédérales n’ont donné aucune instruction en ce sens, à l’inverse de bien d’autres gouvernements européens, en Suisse et désormais à Lausanne (lire notre article en page 5), les télévisions des chaînes publiques russes sont de moins en moins diffusées, pour ne pas dire censurées. Alors évidemment, et le constat est indiscutable, ces chaînes ne sont pas des vecteurs de diffusion de l’information, mais bel et bien des instruments d’une propagande à usage intérieur et extérieur qui ne prend même pas la peine de se dissimuler.
A bien des égards donc, leur interdiction, qui plus est en période de conflit, pourrait se justifier. Reste que le problème est ailleurs. D’abord, dès lors que l’on interdit les chaînes de télévision russes, pourquoi ne pas interdire également les médias officiels de toutes les autocraties de la planète qui déversent tout autant sur nous leur propagande, sans parler des chaînes privées américaines, arabes, chinoises et autres qui ont fait leur beurre de la désinformation?
Et puis enfin, et le cas lausannois est en l’espèce un cas d’école, qui, chez nous, dès lors que les autorités ont décidé de laisser faire, a la compétence de décider de cette censure et au nom de quelle légitimité? Les opérateurs, comme certains en ont pris l’initiative, les municipalités, les cantons, l’Union européenne avec ses satellites de diffusion?
Que l’on tourne et que l’on vire, le résultat est le même: des actes de censure ont lieu en Suisse sans que l’on sache réellement qui en est l’auteur. Et la pire des censures est celle dont on ignore d’où elle vient...

Une étrange disparition, l'éditorial de Fabio Bonavita
La pénurie de personnel dans l’hôtellerie-restauration ne touche pas que Lausanne ou le canton de Vaud. Elle est cependant plus inquiétante chez nous car plus massive. On compte en effet 250'000 travailleurs qui manquent à l’appel en Italie et 200'000 en France. Pour la seule Suisse, 100'000 postes sont actuellement vacants dans ce secteur. Rapportée à la population, cette pénurie est donc plus sévère sous nos latitudes.
Conséquence inédite, certains restaurants lausannois sont contraints de fermer une ou plusieurs semaines (lire en page 5). Pile au moment où ils commençaient enfin à retrouver une certaine normalité suite au désastre économique provoqué par la pandémie. Face à ce nouveau coup de frein, la stratégie de GastroSuisse se résume à un plan en cinq points. La plus grande association patronale de l’hôtellerie-restauration souhaite valoriser les métiers de la branche auprès des jeunes en proposant une amélioration des salaires et une plus grande flexibilité des horaires de travail.
Sur le papier, l’intention est louable et les idées plutôt séduisantes, mais elles se heurteront très rapidement à la réalité du terrain. On imagine mal les clients prêts à manger à 10h ou 15h pour permettre au cuisinier ou aux serveurs de ne pas travailler à midi ou le soir. Quant à la rémunération, sachant que le bénéfice des restaurateurs sur une addition dépasse rarement les 5% et que celle-ci est déjà particulièrement salée dans les établissements lausannois, cela s’avère tout aussi utopique. Reste une question toujours sans réponse, où sont passés ces employés qui ne souhaitent plus travailler dans un restaurant ou un hôtel? Même si des pistes sont esquissées, personne n’est vraiment capable d’expliquer cette étrange disparition…

L’hygiénisme triomphant, l'éditorial de Fabio Bonavita

Déchets sauvages: enfin un été sans vagues? L'éditorial de Fabio Bonavita
Un supplément d’âme... L'éditorial de Charaf Abdessemed
C’est vrai, c’est un immense paquebot. 12’000 employés - il est de loin le premier employeur du canton -, des dizaines de milliers d’hospitalisations chaque année, des centaines d’interventions chirurgicales... Le CHUV est un véritable mastodonte d’utilité publique.
Au plus fort de la pandémie, il a encore fait la preuve de sa qualité d’acteur incontournable de la santé vaudoise, assumant, en pliant mais ne rompant pas, une grosse part de la charge sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19. Cette charge a néanmoins eu un coût (lire en page 3). Financier, bien qu’assumé par l’Etat, mais aussi et surtout humain. Des équipes harassées, démotivées, malgré d’authentiques marques de reconnaissance de la part de la population, hélas de plus en plus sporadiques au fil du temps.
Arrivé à la direction du CHUV en 2020, au tout début de la pandémie - on ne pouvait rêver mieux comme bizutage - Philippe Eckert a lui aussi tenu le choc, affrontant la tempête avec calme et lucidité. Il lui reste désormais à faire la preuve de son aptitude à gérer son paquebot en temps calme et à prendre en charge les maux dont souffrent tous les hôpitaux d’aujourd’hui et qui datent d’avant la pandémie: pénurie, absentéisme, personnel à bout, résultats d’une logique purement comptable d’inspiration néo-libérale qui a mis à genoux bien des institutions publiques.
Ce défi, Philippe Eckert ne pourra le relever qu’en ajoutant un supplément d’âme à ses propos, au-delà d’un jargon technocratique managérial convenu, aseptisé et attendu. Bien plus qu’une indispensable revalorisation salariale, c’est ce dont son personnel a le plus besoin.