Un curé égorgé en plein office, devant ses paroissiens, qu’est-ce que ça vous inspire?
Un sentiment d’horreur et d’absurdité. Que deux jeunes hommes de 19 ans soient prêts à mourir pour assassiner un prêtre de 86 ans, cela provoque un sentiment d’incompréhension et de révolte.
L’Église est un milieu de paix et de prière. C’est véritablement à un symbole qu’on a voulu s’attaquer?
Il y a clairement de la part des terroristes l’intention de monter une religion contre une autre. C’est quelque chose qu’il faut refuser à tout prix. L’Église ne doit pas laisser la place au communautarisme et ne défendre que ses intérêts. Nous sommes frappés par cet assassinat, parce qu’il s’est produit près de chez nous. Mais de nombreux chrétiens d’Orient ont été massacrés, et on en parle moins…
C’est arrivé en France. Cela peut arriver ici. Que faut-il faire? Fermer les églises ou, pour le moins, assurer une surveillance plus accrue autour des endroits de culte?
Il ne faut pas minimiser la gravité de la situation, ne pas faire comme si de rien n’était. Mais, comme l’a dit le pape François, «laissons nos églises ouvertes». Les lieux de cultes ont une vocation d’espaces d’accueil et d’ouverture; les fermer serait un contre-témoignage.
Plus généralement, est-ce que vous craignez un risque de radicalisation chez les catholiques?
Le risque est réel, mais le travail de l’Église est d’accueillir la situation actuelle et de chercher un comportement à la hauteur de l’espérance chrétienne, sans naïveté. Il faut également accentuer le dialogue interreligieux, parce que l’on constate une grande méconnaissance les uns des autres.
De nombreux fidèles ont peur. Quel message souhaitez-vous leur adresser?
Ce ne sont pas que les catholiques qui sont touchés par les attentats, mais toute la société occidentale. D’ailleurs, dans une interview au journal «Le Temps», notre évêque Mgr Charles Morerod dit avoir hésité à réagir à l’assassinat du père Hamel, parce qu’il n’avait pas pris position sur d’autres attentats récents. La menace est réelle, parce qu’elle touche toutes les personnes de la société, indifféremment. Le défi pour l’Église est de dire que l’espérance est plus forte que la tentation du renfermement.
Et que dites-vous aux musulmans du canton qui craignent les amalgames avec les fanatiques de Daech?
Une parole forte de la communauté musulmane est nécessaire, une voix de paix. Comme l’a dit le pape François, «le monde est en guerre, mais ce n’est pas une guerre de religions». Plus il y aura de témoignages de la part de la communauté musulmane, plus il y aura de contrepoids au fanatisme.